
MARS
de Paul Harel
(1854 - 1927)
Paul HAREL est né à Echauffour le 18 mai 1854 ,il est décédé brusquement, dans ce village qu'il n'aura jamais vraiment quitté, le dimanche 6 mars 1927 au soir d'une embolie. Il était alors âgé de 72 ans.
A Julien Travers

Des almanachs hésitants
Mars a mis dans tous les temps
Les pronostics en querelle ;
Son caprice est sans pareil :
Pluie ou vent, brouillard, soleil,
- Neige ou grêle.


C’est un mois extravagant ;
Aujourd’hui, c’est l’ouragan
Qui hurle dans ses trompettes.
Quelques précoces chaleurs
Demain sécheront les pleurs
- Des tempêtes :

Puis, pendant que le jour croît,
Tout à coup revient le froid,
Puis encore la bourrasque.
Arlequin quotidien,
Mars est un comédien
- Bien fantasque,

Qui, dès le premier tableau ,
Se montre et joue avec l’eau
Qu’il déverse en cataracte,
Un drame torrentiel,
Avec un bout d’arc-en-ciel
- Dans l’entr’acte.
Colombine n’est pas la.
Bientôt, en gai falbala,
Du ciel elle va descendre ;
En attendant, Arlequin
Taquine ce vieux coquin
- De Cassandre.
Au premier plan du décor
L’ajonc montre ses fleurs d’or ;
Les coudriers dans les haies
Balancent leurs chatons neufs
Sur la tête des houx, veufs
- De leurs baies.
Sur le talus des fossés
D’autres fleurs, bouquets tassés,
Ouvrent leurs petits calices,
Et dans les bas fonds des prés
Brillent les pompons dorés
- Des narcisses.

Aux murs servant de portants,
On peut voir, de temps en temps,
Des touffes blanches écloses
Aux abricotiers hardis. —

Et les pêchers étourdis
- Sont tout roses.
Pas de musique d’abord ;
L’hiver a frappé de mort
Les gosiers de la nature.
Le coq chante le premier ;
Il sonne sur son fumier
- L’ouverture.


Le merle siffle un solo ;
Miaulant en trémolo,
Le chat, qu’en vain l’on séquestre,
Se lamente nuit et jour
En attendant le retour
- De l’orchestre.

Fins gymnastes, les pigeons

Font culbutes et plongeons
Dans la brume des aurores,
Où défilent les vanneaux,
Pareils à des dominos
- Bicolores.
Courant du gîte au fourré,
Le lièvre passe, effaré ;
C’est le Pierrot de la farce.
Pressant leur vol alangui,
Les grives s’en vont au gui,
- Bande éparse.
Déjà le bouvreuil goulu
Becquète un bourgeon velu,
Le jette à terre et décampe;
Tandis que, danseur falot,
L’écureuil passe au galop
- Sur la rampe.
La scène change à la fin ;
Golombine en séraphin,
Fendant la voûte azurée,
Vient descendre au dénouement.
Le Printemps fait brusquement
- Son entrée.
Arlequin lui santé au cou,
Puis, il jette dans un trou
Cassandre ébloui qu’il brave,
Et le vieil Hiver sournois
Est verrouillé pour neuf mois
- Dans sa cave.

Devant le trou du souffleur,
L’œil en feu, la joue en fleur,
Colombine au bon parterre
Chante le couplet final
Du mélodrame hivernal
- Qu’on enterre.
C’est un gai De Profundis.
Les violons dégourdis

Chantent de façon discrète :
Le bonhomme est trépassé,
Requiescat in pace.
- Turlurette !


Le poète émerveillé
Et juste à point réveillé,
Accomplit, tout en liesse,
Son devoir de spectateur
En applaudissant l’auteur
- De la pièce.
Dans le décor du Printemps
Il salue, en même temps,
Le Créateur et l’aurore ;
Dans les splendeurs du ciel bleu,
Il entrevoit le bon Dieu
- Et l’adore.

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- nb/ photos et images essentiellement de l'Internaute.com