26 avril 2012

DE PHILIPPE TORRETON A JEAN FERRAT ....

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Jean,

J'aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J'aurais aimé

que ta voix chaude ne serve maintenant qu'à faire éclore les jeunes pousses plus

tôt au printemps, la preuve, j'étais à Entraigues il n'y a pas si longtemps et je n'ai

pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c'est sacré !

Pardon te t'emmerder, mais l'heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es

tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat

d'idées, je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n'as que les titres d'une

presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais

l'heure est grave!

Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée,

écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée

le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang

et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s'abîme les poumons, celle

qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s'immole devant

ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on

demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés

comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l'on

traque comme d'autres en d'autres temps que tu as chantés, celle qu'on fait

circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle

de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n'est pas pour eux, celle à qui on

demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que

leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre

pays qui vivent dehors et à qui l'on demande par grand froid de ne pas sortir de

chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la

rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette

France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de

superflu arrête l'essentiel...

Jean, rechante quelque chose je t'en prie, toi, qui en voulais à D'Ormesson de

déclarer, déjà dans le Figaro, qu'un air de liberté flottait sur Saigon, entends-tu

dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les

civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock

français qui s'est vendu à la Première dame de France. Ecris nous quelque chose à

la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle

famille de pensée appartenait Guéant et tout ceux qui le soutiennent !

Jean, l'huma ne se vend plus aux bouches des métro, c'est Bolloré qui a remporté

le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l'info juste, on fait comme les

poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources

soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs... Tu l'aurais chanté même chez

Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par

l'Elysée pour avoir l'honneur de poser des questions préparées au Président, tu

leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu...

Jean, l'Allemagne n'est plus qu'à un euro de l'heure du STO, et le chômeur est

visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées

par l'haleine fétide des renvois populistes de cette droite "décomplexée".

Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue,

l'homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n'est plus aux

hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les

écologistes n'en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le

paysan est mort et ce n'est pas les numéros de cirque du Salon de l'Agriculture

qui vont nous prouver le contraire.

Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le

paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l'industrie

agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le

tue, on lui dit de s'endetter il s'endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui

dit de voter à droite il vote à droite... Finies les jacqueries!

Jean, la Commune n'en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe.

Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle voulait le peuple instruit, ici

et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi,

bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade... Ici on

massacre l'Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l'excellence comme on

chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance

mais on se moque du savoir et de la culture partagés...

Jean, je te quitte, pardon de t'avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme

toi j'aime cette France, je l'aime ruisselante de rage et de fatigue, j'aime sa voix

rauque de trop de luttes, je l'aime intransigeante, exigeante, je l'aime quand elle

prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand

elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour

soutenir son frère ibérique, quand elle donne d'elle même pour le plus pauvre

qu'elle, quand elle s'appelle en 54 par temps d'hiver, ou en 40 à l'approche de

l'été. Je l'aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le

monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu'à elle

même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts...

Jean, je voudrais tellement t'annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...

Je t'embrasse.

Philippe Torreton

infos : lettre reçue d'un ami par émail, les 2 photos du web

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Posté par remiche à 04:26 - Lettre - Permalien [ #]
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